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Camp De Réfugiés ZAATARI, Février 2013
Ce camp de réfugiés syriens est situé à la frontière syrienne, au nord de la Jordanie. Le camp a ouvert en août 2012. Nous faisons partie de l'une des équipes de Gynécologie sans Frontières, qui se succèdent afin d'accompagner les femmes enceintes du camp qui sont nombreuses.
A peine arrivés au camp., une sirène retentit. Nous devons rejoindre nos tentes. Nous y sommes assignés avec la consigne de ne pas en bouger.
Ne rien faire, ne rien dire, ne rien comprendre et attendre...
Ce n'est pas une attitude naturelle pour nous mais nous obéissons scrupuleusement.
Au dehors, des cris, des bruits d'explosions, des relents de fumée acre...Après quelques temps, je ne saurai dire combien, l'alerte cesse. Nous pouvons reprendre nos activités. Nous n'avons même pas encore déballé nos sacs de voyage.
En avisant mon lit, dans le dortoir aménagé dans la grande tente, je songe que les gens du camp vivent ainsi tous les jours, nous ne sommes que de passage.
Nous prenons vite les habitudes du camp. Le travail avec les femmes dans nos salles de consultations sous tente, la gestion des stocks, des lits, des médicaments. Les réflexes professionnels et les détails pratiques prennent vite le dessus sur les sentiments d'étrangeté et d'insécurité perçus au début.
Une routine qui s'installe est bon signe dans ces circonstances.
Parfois, nous sortons de l'enceinte fermée où se trouvent nos tentes.
Dans le camp, on trouve des échoppes vendant un peu de tout, de menus objets pour faciliter le quotidien, des vêtements, des robes de mariée...
Des gens se marient donc ?...Oui, m'a-t- on expliqué, mieux vaut être une femme mariée qu'une jeune fille dans le camp...mais mieux pour qui, exactement?
Il n'y a parfois pas de bon choix.
Sous la poussière et la chaleur de la journée, les camions citernes circulent, rappelant que nous sommes dans un désert de pierres et de vent.
Du linge sèche entre les tentes blanches et bleues de l'UNHCR. Des vêtements d'enfants, des draps, des polos élimés.
Des groupes d'enfants ou d'adolescents nous accompagnent parfois dans nos déplacements amicaux, souriants, agréablement turbulents.
Dans le cadre de notre travail, l'une de nos difficultés est de tenir les nouveaux-nés au chaud. Dans ce désert, les nuits de février sont glacées. Pourtant, sortir un instant de la grande tente d'accouchements, lever la tête vers le ciel pur et piqué d'étoiles reste un plaisir à nul autre pareil.
Pour nous chauffer, nous disposons de petits radiateurs portatifs, des "grille-pains", comme nous les appelons. Il est interdit d'y déposer des vêtement afin d'éviter les feux mais nous le faisons parfois. Ainsi, après le peau à peau avec leur mère, nous pouvons vêtir les nouveaux-nés de linge bien chaud.
De nos murs de toile, les cris des femmes s'échappent. Elles accouchent dans la douleur. Des femmes mais parfois aussi de très , trop, jeunes filles...Comme dans un mauvais rêve. Ces cris lancinants mettront du temps à s'effacer de nos esprits. Pas de péridurale bien sûr. Lorsqu'elles sont en travail, nous invitons les femmes à marcher autour de nos tentes et à revenir quelques temps plus tard. Elles sont toujours accompagnées d'une amie, d'une soeur, d'une voisine de camp...certaines ont perdu leur mari dans le conflit. D'autres n'ont aucune nouvelle des leurs.
Un jour, une femme est parvenue au camp, je ne sais comment. Elle est à terme, déshydratée, exténuée. Le coeur de son enfant est dangereusement lent et ne récupère pas. Depuis combien de temps est-il ainsi? Après la césarienne, la mère et le bébé vont bien, contre toute attente. La vie prend le dessus, mais pour combien de temps encore? ne puis-je m'empêcher de penser.
Le camp de Zaatari existe toujours, c'est maintenant une ville à part entière.
Les enfants nés à cette époque ont grandi maintenant.
On dit que beaucoup n'ont jamais connu rien d'autre que le camp.

Nora Alloy©
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Smiles welcome us wherever we go

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This baby start its firsts steps . His toy is a dusty plastic bottle while his little feet grasp to the stones of the camp.

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A happy group of boys

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A matronly woman

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A field of tents

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The tankers bring water into the camp.

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Laundry day
Camps de réfugiés du Nord de la France, Janvier 2016
Lundi matin. Je manie notre camionnette comme je le peux, entre les allées de caravanes, de tentes et d'objets épars qui forment des "quartiers". Je trouve enfin le lieu de rendez-vous de notre première "maraude" au sein du camp.
Nous sommes là pour deux semaines en tant que volontaire au sein de l'association GSF (Gynécologie Sans Frontières) , afin de venir en aide, si possible, aux femmes du camp.
Ces maraudes sont des temps d'exploration et de prise de contact, de recherche de femmes en demande de contraception, de repérage des femmes enceintes. Ces femmes sont une minorité et restent discrètes par nécessité, pour se protéger. Nous faisons savoir que nous sommes là si elles ont besoin de nous.
En descendant du véhicule, ce qui me frappe avant, tout, c'est l'odeur. Un parfum acre et persistant de boue. Des détritus sont pris dans une grande flaque de gel qui s'étend devant nous. Des ours en peluches y sont figés, un matelas, une poussette désarticulée.
Il est encore tôt, le ciel est pur, l'air glacial. La plupart des gens sont dans leurs tentes. C'est le bon moment pour explorer les lieux sans gêner.
Dans le camp lui-même, nous aurons la possibilité de recevoir les femmes dans la caravane de Liz, bénévole anglaise qui a ouvert un centre d'activité pour les femmes. Nous avons un petit échographie portable. Il me permettra d'annoncer quelques jours plus tard à une jeune femme qu'elle attend des jumeaux. Je ne peux deviner ce qu'elle ressent à cette annonce. Pour toute réponse, elle m'expliquera que son mari est déjà en Angleterre, qu'elle ne sait pas où il se trouve. Ses traits sont fermés. J'appendrai plus tard que sa grossesse aura été difficile.
En attendant, le centre des femmes est un endroit chaleureux, interdit aux extérieurs du camp et aux journalistes ou curieux en tous genre. Nous ne pouvons nous y rendre que sur le créneau que Liz nous a réservé. Les photos y sont bien sûr interdites.
"Les femmes ont besoin d'être tranquilles", nous répète Liz.
Et il est vrai que les violences existent sur le camp, occultes et omniprésentes à la fois.
Car ici comme ailleurs, les femmes et les enfants sont des cibles privilégiées.
Plus loin, séparé du camp, le Centre Jules Ferry dirigé par l'association Vie Active, est dédié à l'accueil et au logement des femmes et des enfants. Séparé du camp, les hommes y sont interdits, la circulation réglementée. Les conditions de vie y sont bien meilleures mais ne voulant être séparées de leur compagnons, mari, frère ou oncle, certaines préfèrent ne pas s'y rendre.
Dans ce camp, les communautés cohabitent animées par le même espoir de passage en Angleterre. Les langues sont variées, du farsi, de l'amharique, de l'arabe...l'anglais sera notre sésame. A la recherche d'une interprète, une jeune femme nous invite dans sa tente. Nos bottes de caoutchouc boueuses restent à l'entrée, la tente, minuscule, est surprenante de propreté et il y flotte une bonne odeur de cuisine. Comment fait-elle pour préparer un repas dans ces conditions? nous demandons-nous.
En rentrant le soir, le véhicule devant nous projette de la boue sur un jeune homme en jean qui marche sur le bas côté. Le jeune homme ôte avec agacement les éclaboussures de ses vêtements, et comment ne pas de comprendre? Rester présentable et digne dans de telles conditions est une gageure.
Dans les camps, les gens que nous rencontrons sont comme vous et moi. Ils avaient une vie, une famille parfois dispersée, un métier, des projets.
Celui-là était radiologue dans son pays, cette femme était infirmière. Cette autre enseignante, celui-là, coiffeur.
Les camps du Nord de la France ont été "démantelés" pour la plupart fin 2016.
Pour autant, la question des migrations est loin d'être résolue, bien au contraire.

Nora Alloy©
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Calais : fields of caravans and a promontory for the photographer

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Banksy's Graff : it represents Steve Jobs, natural son of a Syrian migrant , carrying a computer...
Besides, the 1979's London Calling album of the Clash, is considered as a social protest

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Hope and faith expressed during the mass of the Erythrean church

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Artwork with recovery motherboard.

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The week 's schedule at the Women Center of Liz. : many British volunteers are present in the camp, disagree their politic' s government.

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Adjourned childhood for children of the camp, sometime without family, they have to face alone to difficulties of the life in the camp.

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Emergency prayer

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Camp de Grande-Synthe : the "Justin Bieber" tent is a point of reference in the camp

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Grande-Synthe : this little girl spent the afternoon to play hide and seek around our truck

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Hope of a better life : a dream beyhond reach

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A friendly place where refugees and volontiers used to talk , listen music, and eat eggs and coffee

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Hygiene is still a challenge in a camp

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Norrent-FontesCamp : shelter carrying donations of shoes , mostly boots, useful in the muddy and cold camps.

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Caravan for examination in Norrent-Fontes camp

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A Frozen world in the mud

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Steenworde : many refugees are welcomed in the house of a couple. The name of the street that leads to their home is full of promises